Lundi 13 octobre 2008 1 13 /10 /2008 22:27


Vendredi soir.

 

Qui de l’œuf ou de la poule ? Qui de Royal de Luxe ou de la Machine était le premier.

On ne m’enlèvera pas de l’idée que cette question avait du faire vider plusieurs paquets de cigarettes au génial créateur Jean Luc Courcoult. Voici qu’un de ses sous fifres s’offraient le luxe de réitérer l’aventure des Géants et disposait d’une ville entière et des outils qui avaient fait le succès incontesté et a jamais inégalé des fabuleux spectacles de la plus grande troupe de théâtre du monde : Royal de Luxe avec une créature géante, et des dizaines d’artistes autour.





















Me voici donc parti dans les régions jusqu’alors inexplorées par les artistes de tout poil, du Merseyside. Plus célèbre pour ses pubs, ses rockers aux cheveux longs et son club de foot que pour ses penchants pour l’art Liverpool est ma ville d’arrivée. Le train est bondé : Je n’ai plus qu’une chose en tête depuis que j’ai quitté Londres ce soir : retrouver mon araignée. Quoiqu’il arrive je ne peux pas aller plus loin alors je feints d’ignorer mes voisins voyageurs autant que je le peux et je m’endors mon mp3 vissé sur mes oreilles.

















Des doutes cependant persistaient : Allais-je assister a du sous Courcoult ou a du super Delarozière ? Je m’étais discipliné. J’avais mis un point d’honneur à ne pas voir d’images de la créature avant le jour J. Je voulais être surpris, étonné et ébahi comme je l’avais été auparavant par les spectacles de l’illustre theatre. J’avais un peu peur d’être déçu tout de même car comme le disait Jacques Prévert : Quand l’art est de rigueur : l’art est nié. Mais a voir les premières images qui circulaient sur la toile j’étais plutôt impressionné. Je trouvais le lieu de l’apparition plutôt culotté…Et de m’endormir la tête pleine du sourire de Richard Branson, d’œufs, de poules et d’araignée. Merci Virgin Train.



J’obtins très vite les réponses aux questions que je devais être le seul à me poser à ma descente du train lorsque dans la rue une araignée passait. Il pleuvait a seau, j’étais tout de suite mis dans l’ambiance, le défilé a peine éclairé était a la fois magnifique et inquiétant, je me croyais une BD de Bilal. Des musiciens perchés sur des chariots élévateurs accompagnaient la bête qui avançait lentement dans la nuit. Le spectacle déambulatoire ressemblait à un cortège funèbre, l’araignée, cette vieille dame qu’on enterrait.  J’arrivais a la fin de la représentation. On endormait l’animal en déclenchant une tempête de neige au pied de l’imposant et magnifique Cunard Building qui me rappelait l’architecture des immeubles du Havre et la gare maritime de Cherbourg.

 

La destinée des Machines semblait définitivement liée aux villes portuaires, mes favorites, celles qui évoquaient le départ, le voyage, simplement en se baladant au bord d’un quai. J’étais heureux d’avoir fait le déplacement. Le décor me plaisait je me sentais chez moi. Je comprenais pourquoi la Machine avait autorisé la Princesse à divaguer dans cette ville.  Je retrouvais mes travailleurs de l’impossible, ses artistes d’un genre nouveau qui bravaient les intempéries pour le plaisir d’une ville entière, les operateurs de la Machine et leur chef Francois Delaroziere. Les machines à effets spéciaux qui jalonnaient mon parcours jusqu'à l’hôtel me rappelaient que j’assistais à un spectacle de la Machine et non de la Machine& Royal de Luxe. Pas d’acteurs, pas d’histoire ou si peu, pas de poésie mais des machines. Oublions scénario, prologue et épilogue j’assistais a un spectacle ou la mécanique était reine…a « boys story » comme l’a dit Helen Mariage d’Artichocke dans une interview expliquant que les habitants de Liverpool auraient droit a de la grosse artillerie, un spectacle urbain avec des moyens techniques très lourds et des manipulations a couper le souffle. Oublions l’éléphant et vive l’araignée. Ils sont nombreux a avoir assisté a la visite du Sultan en Belgique, a Londres ou au Havre et ils sont la aujourd’hui ravi de retrouver des sensations oubliées. Aucuns d’eux n’est déçu. On est tous d’accord le spectacle et différent mais tout aussi surprenant et envoutant.



Samedi matin

 Je me rends au pied du Cunard Building la ou j’avais laissé l’araignée la veille. Ils sont des centaines déjà présents à scruter le moindre mouvement de la bestiole. En vain. Il ne se passera rien. Elle se réveillera à 15h00 nous dit-on. Certains gronde a l’annonce de cette nouvelle, d’autres ronchonnent, je m’en fiche. Qu’attendez-t-il ? Une parade a 11.00 heure le matin et quoi du restant de la journée ?  J’admire la Machine qui reste sur ses positions malgré l’insistance des filles d’Artichoke pour qu’il se passe quelque chose. Quelqu’un à trop parlé. Nicky Webb d’Artichoke l’avouera plus tard dans une interview : elles ont communiqué une ebauche de programme à la presse et les spectateurs ont tout naturellement suivi. Un document qui n’aurait jamais du transpirer- déclare Francois Delaroziere-ce n’était qu’une esquisse de ce que nous devions faire. L’araignée ne bougera pas d’ici avant 15 heures. Le problème est vite réglé. Artichoke déclare à la presse que les français ont une manière de travailler différente de la leur et que l’immobilisme de la machine fait partie du scenario.

Joseph Browning quand a lui déclare maladroitement que la bête a un ennui technique et qu’elle se réveillera uniquement dans l’après midi.  J’ai du mal à croire aujourd’hui que ce genre de question n’est pas était réglée auparavant.

 

                         
15.00 heures

 La valse des cherry-pickers est impressionnante. Ces bras mécaniques qui portent les musiciens qui accompagnent la Princesse ressemblent à des pattes d’araignées. Les premières notes de harpe résonnent dans le lointain-ca y est elle bouge- la foule applaudi-le peuple anglais est content. Son imaginaire n’a pas été sollicité très longtemps il va enfin avoir de l’action. L’animal est magnifique de légèreté et de grâce. Elle fait froid dans le dos lorsqu’elle effleure de ses pattes la tête des spectateurs éblouis. On ne souhaite qu’une chose a ce moment la c’est que Professeur Delaroziere n’est pas fait d’erreur de calcul. Je doute de l’éventualité d’un tel spectacle aux états unis. La peur de mettre en péril la vie d’un de ses citoyens américains rebuteraient n’importe quel maire de n’importe quelle ville américaine.  

 Et la bête de se frayer un chemin dans la foule des grands jours. Elle se fond dans la couleur des immeubles environnants. Voici déjà la première embuscade : a Town Hall un nuage d’une épaisse fumée lui barre la route, elle s’active, elle semble désemparée. Opportunité photo magnifique, la pluie et les immeubles art-déco ajoute au mysticisme de la scène, je me crois dans un épisode de Batman.

A peine la bête sortie de l’apocalypse voila que certains des scientifiques qui observent l’animal grimpent sur ses pattes. Ca plait beaucoup aux enfants et les parents adorent. Je suis le défilé camera au poing. La foule excitée n’est pas en délire. Assommée parce qu’elle vient de voir, elle apprécie et digère lentement ce bref instant de bonheur. La magie de La Machine a frappé.

 Un peu plus bas à Derby Square ce sont des trombes d’eau projetées par d’énormes canons à eau qui attendait la Princesse. J’avais pris les devant, fier d’être aux premières loges du traquenard, j’attendais la bête avec impatience. Je le regrettais très vite car en plus du crachin ambiant ce furent des litres d’eau qui se déversèrent sur ma petite camera vidéo.














 
L’araignée continuait sa route dans les rues piétonnes du centre ville de Liverpool. Il était 16heures, la pluie redoublait d’intensité, on endormit une nouvelle fois la créature en l’ensevelissant sous une congère a Holy Corner.

19.00 heures Parker Street.

 

Difficile de penser qu’un tel déploiement de mécanique puisse dégager quelques bribes de poésie et bien si. L’événement eut lieu lors de l’avant dernière embuscade lorsqu’on tentait d’effrayer la bête avec un feu sorti tout droit des enfers.

Des scientifiques faisaient jaillir des flammes au bout de longs tuyaux métalliques incandescents.  Je n’aurais jamais pense que l’on puisse se livrer a de telles activités au milieu d’une foule de plusieurs milliers de personnes.  L‘appellation La Machine prenait a mes yeux tout son sens. Une petite araignée attendait sa grande sœur, sa mère peut-être, à cet endroit précis. Il s’agissait d’une pelle mécanique pilotée par un seul homme qui agitait son bras hydraulique vers le monstre a huit pattes. La rencontre de ses deux mécaniques savantes qui essayaient de communiquer en vain avait quelque chose de très touchant et d’improbable. En arrière plan, en plus de cracher des flammes les tuyaux beuglaient. Un bruit lugubre et sourd résonnait dans tout le quartier. Le chao régnait, des enfants pleuraient, la scène était magistrale.

 

21.00 heures.

 

Le final du samedi soir restera dans l’anthologie des arts de la rue. Ce qui s’est passé ce soir la a Lime Street personne ne l’avait jamais vu ni même anticipe. Apres avoir effrayé la Princesse a l’aide d’une barrière de bruleurs automatiques on hissa l’animal de 37 tonnes dans la pénombre, le long d’une paroi de la Concourse tower, un immeuble prêt pour la démolition. Les operateurs restèrent à bord lors de l’ascension et redescendirent en rappel la tête la première. Une manœuvre digne des plus grands architectes et visionnaire du 19eme siècle. Francois Delaroziere avait décidé que l’animal mécanique ferait partie du paysage urbain pendant quelques heures et l’on avait exhaussé son vœu.

On s’apercevra sous doute dans quelques années que le concepteur des Machines fait partie de cette poignée d’individus comme les astronautes, les scientifiques, ou les artistes peintres, qui peuvent nous proposer une nouvelle vision du monde, moderne et novatrice. A en croire les longs applaudissements qui fusèrent ce soir la il avait aussi l’étoffe des héros.

 

 

Mederic

Le 13 septembre 2008.


Par Med - Publié dans : ROYAL-DE-LUXE - Communauté : Art de la rue.
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